ob_c4b6eb_drapeau-rc3a9publicain_1_.jpgLes actes successifs de la décentralisation ne se sont pas accompagnés d’une rationalisation du nombre d’échelons territoriaux et d’une réduction du nombre de communes. Ainsi, la France compte encore 36 769 communes ( soit 40% du nombre de toutes les communes de l’Union Européenne ) et un échelon en trop puisque le département existe toujours, de sorte qu’essayant de discerner les compétences ressortant du Conseil Général ou du Conseil Régional l’administré éprouve la sensation de se trouver devant le tableau monochrome d’Alphonse Allais " Ronde de Pochards dans le Brouillard ". Pour exemple, chaque collectivité territoriale s’étant vue attribuer « la compétence générale », elle peut intervenir dans tous domaines même si l’intervention ne concerne aucune de ses compétences propres… Pour mémoire, la fusion des communes s’est faite en Allemagne entre 1960 et 1970, en Suède en 1972, en Belgique en 1975, mais en France aujourd’hui, la seule évocation de cette possibilité a pour effet de précipiter sur les grilles des préfectures, ceints de leur écharpe tricolore et éructant, les maires des petites communes rurales où, de plus en plus souvent, de parfaits béotiens, que seule motive la perspective de l’indemnité attachée à la fonction de maire ou justice statue d’adjoint, vendent lors des élections municipales le vote de l’ensemble de leur clan constitué de la famille et d’affidés. Telle qu’arrêtée, la décentralisation s’est avérée un puits financier sans fond et une nouvelle féodalité avec le retour de barons locaux dont les réélections sont garanties par le clientélisme, s’exprimant, outre les « cadeaux » distribués et les dépenses d’équipement superflues, par une augmentation aberrante de la fonction publique territoriale, alors que les effectifs de la fonction publique d’Etat dans des secteurs aussi cruciaux que la santé, la justice, la sécurité civile, la défense, régressent inexorablement. Parallèlement au renforcement des fiefs consacrant des figures locales, s’est mise en place une concurrence permanente et coûteuse entre les territoires pour attirer cadres, investisseurs et médias, avec comme double conséquence la municipalisation de la vie culturelle puisque l’on cherche moins, clientélisme oblige, à attirer de véritables artistes et à servir des œuvres de premier plan qu’à mettre en avant un terroir figé, et l’uniformisation des contenus puisque les « créateurs » locaux s’inspirent essentiellement de ce que la télévision, ce puissant effaceur des singularités, offre. vite.jpgAinsi dans le Nord a-t-on subventionné largement depuis 30 ans les spectacles dont les auteurs et les promoteurs justifient l’ancrage local, pour s’apercevoir que la langue picarde, langue à laquelle emprunte le plus le français, est menacée de disparaître faute de locuteurs. Le 3ème acte de la décentralisation portant la nouvelle organisation territoriale établi sous l’égide de Marylise Lebranchu a été adopté le 2 juin 2015 après que le Sénat l’eut expurgé de ses dispositions réformatrices. De cette façon, le statu quo sur le PLU intercommunal est de rigueur et le suffrage universel direct pour élire les représentants communautaires passe à la trappe, retoqué par le Sénat après un lobbying de l’Association des Maires de France présidée par François Baroin. Le département voit ses prérogatives maintenues et la suppression de la compétence générale des départements et des régions est confirmée…mais elle ne s’applique pas au tourisme, à la culture, au sport et à la coopération internationale. La loi prévoit un transfert de certaines compétences du Préfet ( bête noire des seigneurs locaux ) au Juge Administratif, ce qui ne manquera pas d’avoir pour conséquence que des irrégularités portées jusqu’alors à la connaissance du Préfet ne feront plus l’objet de saisine, le français montrant toujours des réticences lorsqu’il s’agit d’ester en justice.

Au vrai, une véritable réforme entraînant l’affaiblissement du pouvoir souverain des notables monopolisant les exécutifs locaux ne pourra passer que par la suppression préalable du Sénat.
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