Grexit, pas éjection, ni renvoi, mais une sorte de sortie irréelle dans ce qui veut se présenter comme un jeu dont les règles permettraient de passer son tour ( sortie temporaire ), puis de réintégrer la partie. Utiliser les termes d’éjection ou de renvoi, ce dont les dirigeants de la zone euro se gardent bien, ferait apparaître aux yeux de tous la brutalité avec laquelle on congédie un partenaire qui « n’a pas le niveau », raison pour laquelle le néologisme dont s’agit fait consensus..grexit.jpg Il est des jeux de langage qui dévoile et révèle à travers l’exercice de la psychanalyse et de l’écriture. Il est des jeux avec le langage, dans la publicité, la communication, qui ont pour but de dissimuler, d’enterrer. Le Grexit, c’est dire en taisant le réel, savoir les conséquences pour les Grecs d’un isolement et d’une instabilité monétaire imposés par l’extérieur qui entraîneraient un appauvrissement de tous. Le Grexit, c’est dire en n’avouant pas que les principes de solidarité et d’assistance inscrits dans les textes peuvent être oubliés dés lors que les pays les plus riches de la zone euro considèrent qu’un membre est devenu un poids. Le Grexit, c’est donner à entendre qu’un pays est immature au point d’être incapable de respecter les règles du jeu et d’entendre raison, raison incarnée par les techniciens disposant du pouvoir au sein des institutions : « L’urgence est de rétablir le dialogue, avec des adultes dans la pièce » ( Christine Lagarde ).
Witold Gombrowicz, écrivain polonais né en 1904, mort à Vence en 1969, est revenu dans plusieurs de ses ouvrages sur le thème de l’immaturité qu’il envisageait comme la passion de la jeunesse et de l’inachèvement. « Ferdydurke », livre autobiographique, publié en 1937, est un éloge de l’inachèvement qu’il faut certainement entendre comme la reconnaissance par l’artiste de l’impossibilité d’une œuvre finie, l’œuvre et l’individu étant créés par la forme, de l’extérieur, inauthentiques et déformés. oxi.jpgPour les Grecs, cet inachèvement consiste, peut-être, à rejeter les règles édictées par de froids techniciens et présentées comme l’ortho-doxie - alors qu’elles ne relèvent que d’un agrégat de croyances non vérifiées ( la doxa ) - et à lui préférer l’exercice difficile mais vivant de la démocratie. La construction européenne, c’est un euphémisme, n’est pas finie, elle demeure…immature en quelque sorte. En l’état, et du fait de l’insuffisance du rôle du parlement, lieu de débat, face aux autres institutions, Commission ( accusée à raison de faire la part trop belle aux seuls technocrates et d’être autiste devant les difficultés rencontrées par les peuples ), Conseil ( composé des représentants des Etats dans une situation schizophrénique consistant à adopter des solutions européennes à Bruxelles pour ensuite les dénoncer comme antinationales ou à les instrumentaliser à des fins politiciennes ), elle n’est sûrement pas… l’alpha et l’omega. Le reconnaître nécessiterait que l’on admette que les institutions ne détiennent pas la vérité et que l’on renonce à une morgue dont les européens, et pas les seuls Grecs, sont ulcérés.