Maspero_edition.jpgFrançois était fils de sinologue et petit fils d’égyptologue. En 1944, son père et sa mère sont arrêtés en raison des activités de résistant de son frère Jean, de sept ans son aîné. Son père mourra en 1945 à Buchenwald tandis que sa mère, détenue à Ravensbrück, parviendra à survivre. Jean, FTP, trouvera la mort à 19 ans dans le maquis. Dans « les abeilles et la guêpe », autobiographie parue en 2003, il évoquait le souvenir de ce frère qui l’emmenait avec lui, alors qu’il menait des actions de résistance, pour circuler sans éveiller la méfiance grâce à la présence d’un enfant de 12 ans. Pour calmer sa peur, son frère lui parlait d’Ulysse, des Dieux Grecs, et peut-être faut-il voir dans le fait qu’il ait publié les livres de l’historien Jean-Pierre Vernant sur le Monde Grec ainsi que les recueils du poète grec Yannis Ritsos, un hommage à ce frère aimé et admiré. Outre « les abeilles et la guêpe », il aura écrit 14 ouvrages, largement autobiographiques, dont « le Sourire du chat » en 1984, « le Figuier » en 1988, après avoir commencé à écrire en 1982 après la fermeture, l’année précédente, de la maison d’édition et alors qu’il avait dû cesser son activité de libraire en 1975 : « Je ne peux plus faire autre chose qu’écrire, décrire, au moins j’ai l’impression de ne pas baisser les bras ».

En 2006, il disait : « J’ai des sentiments extrêmement simples de révolte et d’indignation. La dérive libérale est la plus terrible des utopies. C’est penser que le monde peut être régulé par la loi du marché. Elle est aussi plus terrifiante que d’autres car on n’en voit pas la fin. Je crois donc à la lutte, sinon il n’y a plus d’Histoire et peut-être plus d’humanité ». Lui qui avait perdu son père et son frère, détestait les salonnards et les révoltés d’opérette qui poussaient la porte de sa librairie du quartier latin des années 70. Plus d’un d’entre eux se vit raccompagner vers la sortie.

  • Henri Alleg avait été arrêté à Alger au lendemain de l’arrestation par l’armée française de Maurice Audin, enseignant et opposant à la politique française en Algérie. Le corps de Maurice Audin n’a jamais été rendu aux siens.