Pour Bernard Maris, l’interrogation suivante devait prévaloir : « Mais la vie est-elle quantité, comme voudraient nous le faire croire les économistes ? Et, si la vie ne se mesurait que par elle-même ? ».obm.jpg On pense aux auteurs de la seconde moitié du 19ème siècle, esthètes dressés contre la reproduction mécanique de l’objet naissante, les Baudelaire, Goncourt, Huysmans…et on comprend l’intérêt que Bernard Maris a pu porter à l’œuvre de Michel Houellebecq comme en témoigne son Houellebecq économiste ( Flammarion ) : « la glu qui freine vos pas et vous amollit, qui vous empêche de bouger et vous rend si triste et si tristement minable, est de nature économique ». Selon Bernard Maris, Houellebecq a le mérite de décrire le malaise économique qui ruine notre époque en donnant à voir les dégâts de « l’économisme contemporain » à travers des personnages gagnés par la médiocrité, névrosés, rompus par l’existence…antihéros soumis au règne infantilisant de la consommation à outrance. De ce point de vue, il n’est pas fortuit que Bernard Maris ait pu faire la critique d’un système économique érigé sur le phénomène de « destruction créatrice * » dont l’économiste américain des années 30, Joseph Schumpeter, encourageait la systématisation. Modèle axé exclusivement sur la croissance, c’est à dire sur un processus continuel de création, de destruction et de restructuration des activités économiques avec lequel le nouveau n’est pas une évolution de l’ancien mais le concurrence jusqu’à le faire disparaître. Processus violent, insécurisant et destructeur pour l’individu. Onc-Bernard-par-Charb-001.jpg La subordination des peuples en Europe à la ligne économique de l’Union Européenne ( austérité, restructuration, délocalisation ) et les dégâts sur l’individu que cela entraîne semblaient à Bernard Maris insupportables et l’européen qu’il était – il avait voté oui au traité de Maastricht – en était arrivé à penser que la monnaie unique enfermait tant la France que l’europe.

Bernard Maris, esprit curieux, altruiste, intéressé par le passé comme par le présent, par les arts comme par les sciences, plaçant toujours l’individu au centre de sa réflexion, admirateur de la pensée de Keynes, appelant de son point de vue d’économiste à croire en des valeurs de partage, répondait par l’humour aux attaques des garants de l’orthodoxie aux gages des thèses économiques libérales, conscient que résister, c’est ne pas se cantonner, ne pas accepter d’être cantonné.

Il avait écrit et publié chez Grasset un très bel essai sous le titre « L’homme dans la guerre. Maurice Genevoix face à Ernst Jünger », qu’en ces temps de commémoration du centenaire de 14-18, on lira avec plaisir et intérêt. obm4.jpg

  • il est remarquable que le vocabulaire économique pour nommer les violences du capitalisme sur l’individu utilise souvent des termes antinomiques en les associant.