j2j.png Ce 31 juillet 1914, alors que Jaurès livre sa dernière bataille contre la guerre, Raoul Villain se fait couper les cheveux. S'achète des chaussures de marche. Arrache les marques de ses vêtements. Brûle un cierge à Jeanne d'Arc avant de s'offrir, contrairement à ses habitudes désargentées, un gueuleton dans un restaurant italien à la mode. Puis il marche tranquillement, élégant, long et mince, moustache rousse et yeux bleus de porcelaine, vers son destin.
Au 142, rue Montmartre, il aperçoit Jaurès derrière le fin rideau de gaze blanche du Café du Croissant. Il tire. Il tue.
Il est juste de donner sa vie pour la punition d'un traître", dit Villain après son interpellation immédiate.
j4j.jpg Pendant près de cinq ans - un record ! - il attend son procès en prison. Dans sa cellule, il bâtit des pyramides en croûte de pain. Après six jours d'audience, les jurés, considérant qu'il est l'auteur d'un crime passionnel commis par amour de la France, l'acquittent.
Quelques années plus tard, poursuivi pour trafic de devises, il sera condamné à une amende de 100 francs. Plus que pour un assassinat...
Après une vie d'errance qu'il voulait pousser jusqu'à Tahiti, Villain s'arrête en chemin, à Ibiza, où il fait construire au bord d'une plage une maison aussi torturée que son propriétaire. Dans les rues de son village, il chante "Frère Jacques" à tue-tête. On l'appelle "le fou du port". j5j.jpg Quand l'île est envahie par les républicains espagnols, en 1936, il est fusillé par des anarchistes. On n'a jamais su s'ils savaient qu'ils venaient de tuer l'homme qui avait tué Jaurès.
Par Agathe Logeart – Le Nouvel Observateur


Epilogue:

Raoul Villain acquitté par la justice bourgeoise française, cette dernière pousse l'ignominie à réclamer à la famille de Jaurès les frais du procès dont elle a du s'acquitter ! Heureusement que le destin s'est substitué à la justice des hommes


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