Adieu, MEUSE endormeuse et douce à mon enfance,
Qui demeure aux prés, où tu coules tout bas,
Meuse, adieu, j'ai déjà commencé ma partance
En des pays nouveaux ou tu ne coules pas.
Voici que je m'en vais en de pays nouveaux,
Je ferai la bataille et passerai les fleuves,
Je m'en vais essayer à de nouveaux travaux
Je m'en vais commencer là-bas les tâches neuves

Et, pendant ce temps là, Meuse ignorante et douce,
Tu couleras toujours, passante accoutumée,
dans la vallée heureuse ou l'herbe vive pousse,
Ô Meuse inépuisable et que j'avais aimée

Tu couleras toujours dans l'heureuse vallée,
Ou tu coulais hier, tu couleras demain.
Tu ne sauras jamais la bergère en allée
qui s'amusait, enfant, à creuser de ses mains
Des canaux dans la terre à jamais écroulée

La bergère s'en va, délaissant les moutons
et la fileuse va délaissant les fuseaux.
Voici que je m'en vais loin de tes bonnes eaux,
Voici que je m'en vais bien loin de nos maisons

Meuse qui ne sait rien de la souffrance humaine
Ô Meuse inaltérable et douce à toute enfance
Ô toi qui ne sait pas l'émoi de la partance,
Toi qui ne sait rien de nos mensonges faux,
Meuse inaltérable,ô Meuse que j'aimais,
Quand reviendrai-je ici filer encore la laine ?
Quand verrai-je tes flots qui passent par chez nous?
Quand nous reverrons-nous? et nous reverrons-nous?
Meuse que j'aime encore, ô ma Meuse que j'aime......