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Les problèmes méthodologiques posés par la mesure du coût du travail
La plupart des données statistiques permettant de comparer les coûts du travail dans les pays européens sont fournies par Eurostat qui procède à des enquêtes sur le coût de la main-d’oeuvre (ECMO). Mais les comparaisons internationales obligent à des harmonisations qui ne sont pas sans défaut. Ainsi, la durée du travail influe sur le coût horaire du travail : celui-ci étant défini par le rapport du coût annuel et du nombre annuel d’heures effectivement travaillées, il faut retrancher des heures rémunérées celles qui sont rémunérées mais non effectuées (congés payés, maladie, maternité...). Les durées différentes dans chaque pays doivent être traitées de manière à ne pas biaiser les résultats comparatifs. Comme le note Philippe Askenazy(25), la mesure du temps de travail pose elle-même des problèmes quand on veut le comparer de pays à pays. Ainsi, les lois des 35 heures en France ont entraîné la multiplication de nouveaux statuts qui perturbent la mesure de la durée du travail : forfaits-temps pour les cadres, comptes épargne-temps. Selon les sources statistiques, la baisse de la durée du travail dans l’industrie manufacturière française entre 2000 et 2004 serait de 11,4% (ECMO) ou simplement de 2,2 % (KLEMS de l’UE). Cette différence énorme vient du fait que l’enquête ECMO sousestime la durée du travail en France, ce qui a pour résultat mécanique de surestimer le coût. La définition du coût du travail est une autre source de biais : dans le cas français, la formation professionnelle est incluse, mais pas dans les autres pays. La nature juridique des entreprises est différente selon les pays : en Allemagne, 80% des entreprises manufacturières sont des sociétés de personnes, dans lesquelles les revenus des dirigeants ne sont pas salariaux mais sous forme de dividendes ; or, ce sont ces revenus, non intégrés dans le coût du travail, qui sont les plus élevés. Enfin, les intérimaires employés dans l’industrie manufacturière ne sont pas comptabilisés parmi les salariés de l’industrie ; or leur proportion est de 10 % en France; Ce sont surtout des ouvriers, deux fois plus qu’en Allemagne ; où ce sont surtout des ingénieurs et techniciens. ce qui rend peu rigoureuse une comparaison des coûts du travail.
25. philippe askenazy, « Un choc de compétitivité en baissant le coût du travail ? Un scénario bancal qui évince des pistes alternatives », Document de travail n° 1208, http://www.cepremap.ens.fr/depot/docweb/ i13.jpgi14.jpgi12.jpg