Frangin,
Tu étais le plus jeune de la couvée. Les parents avaient d'abord considéré ta venue prochaine comme un accident de parcours et s'inquiétaient de la naissance de ce troisième enfant qui venait un peu plus tard que les autres.
Et puis le jour est venu. Je m'en souviens très bien. La neige avait fait son apparition et je jouais dans la rue quand Ginette est venue me chercher pour m'annoncer que j'avais un petit frère.
J'ai gravi les escaliers, impressionné par l'événement, et, soudain, j'ai entendu des sortes de miaulements qui ressemblaient à ceux d'un petit chat. Je me suis alors dit qu'on m'avait fait une farce et je redescendis les escaliers en criant : "Mais, non, c'est un petit chat, ce n'est pas un bébé!"
Ginette m'a rattrapé et maman a tendu vers moi ce petit bonhomme langé.
J'ai découvert alors mon petit frère.
Par la suite, tu as été un bébé adorable, très sage, toujours gentil. La grand-mère Basilia disait toujours que tu étais sa "mine d'or".
Tu as été élevé en compagnie de Françoise. Tu as souvent partagé le même landau et vous êtes devenus des frères et soeurs de coeur. Cela nous ravissait de vous voir toujours ensemble et de voir à quel point vous étiez inséparables.
Gamin, tu as commencé à nous faire souvent rire en faisant le pitre. Tu étais réellement doué pour imiter, raconter des histoires drôles et tu nous as souvent fait rire jusqu'aux larmes. J'ai toujours pensé que tu aurais pu en faire une carrière brillante car tu avais un réel talent, une réelle intelligence, une finesse ainsi qu'une très bonne mémoire et une facilité à mettre une bonne ambiance générale. Tu avais aussi des dons d'organisateur indéniable. Tu étais dévoué et tu as souvent participé aux manifestations des associations locales.
Durant ta jeunesse, tu t'es entouré d'un groupe d'amis qui ne t'ont jamais lâché. Cela nous rendait admiratifs de constater que votre fraternité est restée inébranlable. Je ne puis m'empêcher de penser au bateau des copains de Brassens.
Tes amis ont toujours été présents même dans la pire adversité.
Tes amis qui sont aussi devenus les nôtres et nous les apprécions comme tu les as aimés.
Puis tu as rencontré Marie Line. Votre histoire d'amour a donné comme fruits deux beaux et gentils enfants, Julie et Baptiste, qui réussissent dans leur carrière.

Tu as rencontré les pires des scénarios dramatiques durant ta vie professionnelle. Les fermetures d'usine ou délocalisations t'ont laissé au mois trois fois désemparé, sur le tapis, malgré tous les efforts que tu avais fournis pour te reclasser.
Tu as toujours pris la même décision qui paraissait parfois incongrue. Tu as toujours décidé de rester au Pays, dans tes chères Ardennes que tu aimais par dessus tout suivant en cela les pas du père Diégo, chauvin "irréductible". Et tu as eu raison.
Tu représentais la partie de moi-même restée à Vireux. Tu aimais nous mettre au courant des nouvelles, des potins du village et grâce à toi j'ai toujours gardé le contact avec mon village natal.
Ta vie, bien trop courte, a été celle d'un homme "bien dans ses baskets", assumant ses choix.Tu aimais les gens, tu savais réussir les contacts et rapprocher les gens.
Tu avais de grosses possibilités Frangin,et tu as vécu comme tu l'as entendu, t'assumant jusqu'au bout.
Tu as affronté la maladie implacable avec un grand courage et tu as lutté jusqu'au bout de tes forces.
Tu vogues à présent vers d'autres horizons et ici j'emploie le présent:
Tu n'es pas mort, Frangin,simplement tu es parti "Ailleurs". Notre coeur est déchiré mais nous allons tenter de rassembler les morceaux et tu vas continuer à vivre au plus profond de nous.
Salut Frangin
Je t'aime.
Nous t'aimons.
Nous t'aimerons toujours.