Une vieille chanson française de Charles Trénet disait: " Je me souviens d'un coin de rue aujourd'hui disparu, mon enfance jouait par là, je me souviens de cela..."
Et bien moi aussi, je me souviens d'un coin de rue et d'une rue dans une petite ville et d'une petite ville au fin fond de la France..je me souviens de Givet.
Pourtant je n'y suis pas née, je n'y ai jamais habité et je ne suis même pas Française...Alors ? me direz-vous. Je vais vous raconter une petite histoire ou même, si vous voulez, un "conte d'autrefois".
grevin.jpg Il était une fois une petite fille espagnole exilée avec sa famille tout au nord de la France, dans une région très différente à son pays, dans un village au bord d'un grand fleuve et au milieu de sombres forêts. La forêt et le fleuve l'ont marquée pour toujours et Vireux-Molhain, son petit village, est resté à jamais dans son coeur. La petite fille et sa famille s'adaptèrent à la vie dans les Ardennes, à son climat si dur pour eux et ils furent acceptés par les gens de la vallée, si rudes et si sévères au premier abord mais si généreux et prêts à rendre service quand on les connait tant soit peu. Mon père disait toujours : " Quand un Ardennais devient ton ami, c'est un ami pour toujours !"
La vie était heureuse à Vireux pour la petite fille ! L'école, sa famille, les amies, les randonnées dans les bois, le cinéma du dimanche et, de temps en temps, quand ses parents décidaient ...petit voyage à Givet.
Remorque_autorail_decauville_xrbd.jpg Givet, c'était la "Grande Ville", quand on est petit tout nous semble très grand ! Nous y allions pour les achats importants et c'était toute une aventure... Autrefois on achetait en faisant attention, il ne fallait pas trop dépenser, le travail était dur à l'usine et les sous ne se gagnaient pas facilement...Alors, enfin, un jour, finie la routine ! On allait à la gare pour prendre la micheline et, après avoir traversé Aubrives et frôlé Ham et Chooz, on arrivait à Givet. Pour moi, c'était la fête; nous prenions la grande rue de la gare, nous traversions l'énooorme place Méhul bordée de platanes et nous arrivions à la place Carnot entourée de magasins et de cafés parfois pleins de Belges bien contents...du moins il me semblait !
454px-Givet_-_Tour_Victoire.jpg Nous parcourions toutes les petites rues des alentours avec leurs alléchantes pâtisseries, les charcuteries (Oh ! les charcuteries d'antan, miam,miam...!), les boutiques aux vitrines pleines de belles robes, et je me souviens aussi d'une modiste rue De Gaulle, où je m'attardais toujours devant tant de beaux chapeaux. Nous allions d'un magasin à l'autre, regardant la qualité, calculant les prix et, naturellement, à la fin ma mère, qui avait toujours le dernier mot, décidait où et quoi acheter et les enfants nous n'avions pas grand chose à dire ! Les temps ont changé n'est-ce-pas ?
Mais Givet c'était aussi l'imposant fort de Charlemont, surplombant la Meuse (mon père me raconta une fois que les soldats espagnols avaient construit le fort et moi, toute petite, je le regardais ahurie me demandant que "foutaient" des soldats espagnols si loin du pays !), les deux belles tours à l'entrée de Givet, face à face comme deux rivales, la tour Victoire au bord de l'eau et la tour Grégoire sur le mont d'Haurs; 280px-Givet2.jpgGivet et son élégante mairie qui me semblait alors somptueuse comme un palais, ses petites ruelles, ses belles maisons de maître, les quais fleuris de la Houille et le magnifique édifice de la poste au petit Givet ( pourquoi petit ?), monsieur Méhul et son hymne qu'encore aujourd'hui je connais par coeur...
Givet est encore la ville où, dans une clinique aujourd'hui disparue, à côté de la tour Victoire, est née ma soeur Julia, ma petite frangine, ma meilleure amie et la véritable Givetoise de la famille.
Voyez-vous, malgré la distance, entre Givet et moi il y a une longue histoire de tendresse et de nostalgie qui ne finira jamais.