Quand toute gamine, je suis arrivée à Vireux, je n'avais jamais vu un fleuve aussi grand que la Meuse. A Madrid, nous avons bien le Manzanares, mais il tout juste droit au nom de rivière, et encore...Imaginez, les Madrilènes, nous l'appelons " l'apprenti fleuve" !
J'avais 5 ans quand je l'ai vue pour la première fois et j'en suis tombée amoureuse. Je suis "poisson", j'adore l'eau, la mer, les lacs, les étangs, les ruisseaux, et...la Meuse ! Elle règne sur sa belle vallée et sur les gens qui y habitent. Quand je la revois dans mes souvenirs, elle se métamorphose selon les époques, les saisons et les moments de mon enfance :
La Meuse endormeuse de mes jeunes années, de mes petits chagrins et de mes grands bonheurs d'adolescente, quand j'allais m'asseoir sur ses berges et elle savait calmer mon coeur.
barrage_de_Fumay.jpg La Meuse travailleuse qui a su unir toute la vallée avec ses fonderies et ses aciéries, celle qui a vu passer tant d'ouvriers (Français, Belges, Italiens, Polonais, Espagnols et Maghrébins), celle qui transportait les grandes péniches replètes de charbon, de pommes de terre, de betteraves...et que nous regardions passer en rêvant de grands voyages.
La Meuse de nos baignades du côté de la Bûchère et celle qui, une fois par an, faisait une petite place pour l'alambic qui s'installait sur la berge de Vireux-Molhain. Pendant quelques jours, les Viroquois amenaient leurs tonneaux pleins de pommes et de quetsches pour fabriquer la "goutte", et les gosses, nous allions en cachette recueillir avec le doigt, l'eau de vie qui gouttait quelquefois.
La Meuse frileuse des longs hivers ardennais, quand les thermomètres marquaient -25°, quand le verglas transformait les rues en patinoires et les habitants de la vallée se réfugiaient à côté du poêle à mazout.hiver1956.1.jpg La Meuse gelée que l'on pouvait traverser à pied et que les soldats du génie devaient dynamiter pour ne pas qu'elle me porte les ponts en bois de l'après-guerre.
La Meuse qui unissait Molhain et Wallerand, que l'on traversait tous les jours pour aller au cours complémentaire de Wallerand et que l'on retraversait pour aller au cinéma à Molhain...
La Meuse des jours de fête qui, en passant nonchalante, nous voyait danser sur la place de la mairie, celle qui humait l'odeur des cornets de frites, celle qui nous amenait le Musée Grévin en péniche resplendissante et qui, la fête finie, accueillait les pêcheurs à la ligne qui attendaient patiemment que mordent les carpes ou les coyennes.
La Meuse d'hier, la Meuse de mes 15 ans, la Meuse immuable et changeante à la fois.
Ma Meuse...
-Raquel Polo-
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